Collectivités,
les études scientifiques sur les expositions et les impacts sur la santé des pesticides
Pathologies résidentielles - les cancers

Prostate

Récemment le professeur Bellepomme a mis en évidence, par une analyse épidémiologique (1), un lien de causalité entre l'exposition aux pesticides et le cancer de la prostate.

Cette étude montre que le cancer de la prostate tel qu’observé aux Antilles françaises est déclenché par une contamination de l’environnement par les pesticides organochlorés. Il a été suggéré auparavant que les facteurs de prédispositions génétiques étaient prédominants dans l’incidence des cancers de la prostate (avec 152 nouveaux cas pour 100 000 personnes, un des taux les plus élevés au monde). Cependant, une analyse comparative avec les autres états des Caraïbes a exclu cette hypothèse. La contamination importante des sols et des ressources en eau des Antilles due à l’utilisation de pesticides dans les plantations de bananes a donc été suspectée et validée par cette étude. Il est à noter que des taux extrêmement élevés de pesticides organochlorés avaient déjà été détectés dans le sang des populations en 1972 (DDT, DDE, alpha, beta et gammaHCH, aldrine and dieldrine). Ainsi il est suggéré que l’exposition prolongée aux pesticides organochlorés joueraient un rôle dans l’étiologie des cancers de la prostate.(le résumé complet de l’étude)
Une étude in vitro a montré une prolifération des cellules cancéreuses humaines de la prostate suite à leur exposition à plusieurs pesticides organochlorés, un pyréthroide et un fongicide par le biais des cellules sensibles aux hormones androgéniques (2).

D'autres études font état de l'association des pesticides avec le cancer de la prostate

Canada Montréal / utilisation domestique -> risque accru d’un facteur 2.3 (3)

Etats-Unis (4 états) / résidences au sein d’une zone de culture du blé -> risque accru (4)


Seins

Incidence

Le cancer du sein malgré les sommes dépensées pour la recherche continue de progresser et il représente, en France, le 2ème cancer en nombre de nouveaux cas annuels détectés (50 000 nouveaux cas en 2005, le premier étant le cancer de la prostate avec 62 000 nouveaux cas). Son incidence a progressé régulièrement (en France elle a plus que doublé depuis 1980 et touche à l’échelle mondiale 1,1 millions de femmes) dans les pays les plus industrialisés depuis les années 40 et pourrait correspondre avec l’avènement des substances chimiques synthétiques dans notre quotidien. Ce lien a pu être établi par l’observation de son incidence en Asie où l’utilisation ubiquitaire de substances synthétique est venue beaucoup plus tard dans les années 70 et où l’incidence du cancer du sein s’est accélérée seulement après. La détection précoce et la recherche thérapeutique ont néanmoins fait diminuer la mortalité liée à cette fatalité, mais en France ce sont malgré tout 11 200 femmes qui en sont mortes en 2005.

Le cancer du sein se développe sous l’influence de nombreux facteurs mais une grande proportion reste à l’heure actuelle inexpliquée par les facteurs incriminés, i.e. génétiques, et d’habitudes et de comportements. 1 cancer sur 10 aurait une origine purement génétique alors que la moitié de ceux ci ne peuvent pas être associé à un facteur connu. Les scientifiques pensent de plus en plus que c’est un type de cancer qui peut être largement influencé par les niveaux hormonaux. Et donc toute substance qui modifierait ces équilibres physiologiques peut-être incriminée. Les substances cancérigènes ne sont pas exclues. Les variations géographiques de cette maladie et les recherches en laboratoire pointent de plus en plus vers des facteurs environnementaux.

Les pesticides

Des dizaines de références scientifiques ont étudié les liens possibles entre l’exposition aux pesticides et le cancer du sein. C'est le cas pour le DDT et le dieldrine, qui ont été interdits à la fin des années 70 aux Etats-Unis ainsi que dans d’autres pays. Ces substances s’accumulent dans les cellules lipidiques (graisseuses), comme celles du sein, où elles persistent pendant des décennies.

 

Le DDT et le dieldrine montrent in vitro mais aussi sur les modèles animaux comme le rat (5) une stimulation des cellules mammaires via l’activation des récepteurs aux hormones oestrogéniques. Il est à noter que le produit de dégradation du DDT, le DDE, n’est pas oestrogénique mais plutôt anti-androgénique (et donc bloque les hormones mâles comme la testostérone). Néanmoins, plusieurs autres études au cours des années 80 ont montré des niveaux de DDE assez élevé dans le cellules mammaires de femmes qui avaient le cancer. Ces études ont déclenché des études plus larges sur les liens entre le cancer du sein et les résidus de pesticides organochlorés dans le sang et le sein. La littérature a révélé un mélange d’études positives et négatives sans que l’on puisse expliquer les différences de résultats (8).

 

Il est possible que certaines femmes soient plus sensibles aux pesticides organochlorés du fait d’une susceptibilité génétique et seraient donc plus à risque lors d’une exposition à ces substances, alors que d’autres sont moins sensibles (9). Cette différence pourrait expliquer les résultats discordants de certaines études, mais ces facteurs de susceptibilité, si ils existent, n’ont pas encore été identifiés. En plus de cela, le moment de l’exposition (par rapport au développement physiologiques ou en phase de gestation) pourrait être critique tout comme ça l’est pour l’exposition aux radiations. Les études qui ont mesuré les niveaux d’organochlorés chez les femmes adultes (dans la quarantaine) ont probablement mésestimé l’exposition de celles ci pendant leur enfance. Une étude a exploré cet historique d’exposition et a montré une association forte, statistiquement significative, entre le cancer du sein et les niveaux les plus élevés en DDT, mais seulement pour les femmes qui avaient été exposées au DDT avant l’âge de 15 ans. Cela démontre à nouveau l’importance du moment d’exposition (10).

 

Le dieldrine, un “contaminant” qui n’était pas mesuré dans les études sur le DDT, pourrait être le chainon manquant dans le cas du cancer du sein. 2 études danoises ont trouvé une association significative entre le dieldrine et le risque de cancer du sein, qui incluait une forme plus agressive de cancer et une mortalité plus forte chez les femmes avec les niveaux les plus élevés de dieldrine (11,12). Cette étude était méthodologiquement irréprochable et donc les résultats en étaient robustes. Cependant, une étude d’envergure à Long Island (dans l’état de New York) n’a pas montré d’association entre les niveaux sanguins de dieldrine et le risque de cancer du sein (7). La situation globale apparaît donc confuse et toutes ces études mériteraient d’être approfondies.

D’autres études ont cherché une association entre le cancer du sein et les pesticides.

Une étude fait le lien entre cancer du sein et l’exposition aux herbicides organochlorés, notamment les triazines (13). Pour cette étude l’exposition a été évaluée en fonction de la contamination de l’eau, de la production de mais et des données d’utilisation des pesticides, ce qui a permis de classer différentes zones selon leurs degrés d’exposition (faible, moyen et élevé). L’analyse statistique a pris en compte de l’âge, de l’origine ethnique, de la classe socio-économique et du niveau d’éducation. Les résultats ont montré une augmentation significative du risque de développer un cancer du sein dans les zones d’exposition aux triazines moyenne et élevée [risque accru d'un facteur 1.14 et 1.2, respectivement]. Ces résultats suggèrent donc une association entre les triazines et le risque de cancer du sein. (le résumé complet de l’étude)

Livre de Merriel Watts

Dans son ouvrage sur le cancer du sein et les pesticides, Meriel Watts (Pesticides & Breast Cancer – a Wake up call – ISBN 9789679381320) détaille pourquoi les pesticides peuvent être des facteurs pour le cancer du sein. Ce sont des cancérigènes pour les glandes mammaires (induisent des mutations), des promoteurs des tumeurs (induisent la prolifération cellulaire), des sensibilisateurs des glandes mammaires (rendent les glandes plus sensibles aux effets des cancérigènes), des immuno-modulateurs (affectent les défenses naturelles), des perturbateurs de la communication inter-cellulaire, et des perturbateurs endocriniens (miment les hormones, bloquent les récepteurs hormonaux, accroissent le nombre de récepteur hormonaux, bloquent les transporteurs hormonaux sanguins, interfèrent avec le métabolisme hormonal, activent les enzymes qui produisent les hormones).

Une association américaine (la Breast Cancer Fund) propose une liste des pesticides qui ont été caractérisé comme pouvant avoir une incidence sur le développement du cancer du sein. Cette liste est disponible sur le document PDF en lien ici.

Testicules

Incidence

C'est un cancer hormono-dépendant qui est en augmentation qui est donc intimement lié aux perturbateurs endocriniens qui miment les fonctions oestrogéniques. Il n'y a pas eu d'études spécifiques sur l'exposition aux pesticides et ce type de cancer. Voir section "perturbateurs endocriniens".
Globalement, cela peut aussi être lié aux malformations congénitales observées chez les enfants.

Ovaires

Incidence

En 2005 il y a eu 4500 nouveaux cas.

Pesticides

Une étude italienne a comparé 69 femmes ayant un cancer des ovaires avec des femmes de la même région. Il en a résulté que les femmes qui avaient un cancer avaient rapporté, avec une fréquence de réponse accrue d’un facteur 1,7, qu’elles avaient été probablement exposées aux herbicides triazines, et d’un facteur 2,7 qu’elles avaient été surement exposées (14). Les triazines sont une famille d’herbicides à laquelle font partie l’atrazine, la simazine et la cyanazine. Bien que l’atrazine n’ait pas montré de cancérogénicité sur les modèles animaux il a été montré qu’elle interfère avec le cycle ovarien en perturbant les hormones de l’hypophyse qui régule la fonction ovarienne. Des porcs traités avec des doses assez basses d’atrazine ont développé de multiples kystes folliculaires des ovaires, caractéristiques d’une stimulation anormale des tissus ovariens. (15). Cette étude laisse donc supposé une association avec le cancer des ovaires via une modulation hormonale.

Tumeurs cérébrales

Pesticides

Quelques études ont établi les facteurs de risque suivants:

Canada, Québec / résidences en zone d’utilisation des pesticides -> augmentation du risque (16)

Suède / résidences en zone d’utilisation des pesticides -> risque accru 2,4 (significativité faible) (17)

Etats-Unis, Cape Cod / résidences proche de culture d’airelles -> risque accru pour les femmes 6,7 (18)

Lymphomes non Hodgkiniens

Incidence

En 2005, 10 000 nouveaux cas ont été répertoriés en France.

Pesticides

Une étude française très récente (juin 2009) a mis en évidence le mécanisme biochimique et un marqueur biologique du processus de développement d'un lymphome chez les agriculteurs exposés aux pesticides (25).

Quelques études ont établi les facteurs de risque suivants:

Australie / résidences proches de cultures de canne à sucre -> risque accru pour les femmes 1,54 (19)

Canada, Québec / résidences en zone d’utilisation des pesticides -> augmentation du risque 1,6 à 3,7 (16)

Italie / résidences proches de riziculture -> risque accru 2,1 pour les hommes et 1,3 pour les femmes (20)

Etats-Unis, Minnesota / résidences proches de cultures de blé -> risque accru pour les femmes 1,35 (21)

Etats-Unis, Michigan / résidences en zone d’utilisation des pesticides -> risque accru pour les hommes 3,8 (22)

Leucémies

Pesticides

Sur un échantillon de la population française (couvrant 6 centres de soins) l'exposition aux insecticides, fongicides et herbicides a été associée à une augmentation du risquemultiplié par 3 de développer un myélome multiple (risque accru d'un facteur 2.8, 3.2, 2.9 respectivement). Pour la sous catégorie des syndromes lymphoprolifératifs, une association a été observée seulement pour la leucémie à tricholeucocytes (hairy cells leukemia) avec l'exposition aux insecticides organochlorés et les herbicides phenoxy et triazines (risque accru d'un facteur 4.9, 4.1, 5.1 respectivement) (23).

Australie / résidences proches de cultures de canne à sucre -> risqué accru pour les femmes 1,54 (19)

Canada, Québec / résidences en zone d’utilisation des pesticides -> augmentation du risque (16)

Philippines / résidences proches de riziculture -> risque accru pour les hommes 4,8 (24)

Etats-Unis, Michigan / résidences en zone d’utilisation des pesticides -> risque accru 1,4 (22)

Références:
1 - Belpomme D, Irigaray P, Ossondo M, Vacque D, Martin M., Prostate cancer as an environmental disease: An ecological study in the French Caribbean islands, Martinique and Guadeloupe; Int J Oncol. 2009 Apr;34(4):1037-44

2- Tessier D, Matsumura F. 2001. Increased ErbB-2 tyrosine kinase activity, MAPK phosphorylation, and cell proliferation in the prostate cancer cell line LNCaP following treatment by select pesticides. Toxicol Sci 60(1):38-43

3- C.R. Sharpe, J. Siemiatycki, and M.E. Parent, Activities and exposures during leisure and prostate cancer risk, Can Epid Biomark Prev, 2001, 10(8): 855–60

4- D.M. Schreinemachers, Cancer mortality in four northern wheat-producing states, Env Health Persp, 2000, 108(9): 873–81

5- Shekhar PVM, Werdell J, Basrur VS. 1997. Environmental estrogen stimulation of growth and estrogen receptor function in preneoplastic and cancerous human breast cell lines. J Natl Cancer Inst 89:1774-1782

6- Laden F, Hankinson SE, Wolff MS, Colditz GA, Willett WC, Speizer FE, Hunter DJ. 2001. Plasma organochlorine levels and the risk of breast cancer: An extended follow-up in the nurses’ health study. Int J Cancer 91:568-574

7- Gammon MD, Wolff MS, Neugut AI, Eng SM, Teitelbaum SL, Britton JA, et al. Environmental toxins and breast cancer on Long Island. II. Organochlorine compound levels in blood. Cancer Epi Bio Prev 11:686-697, 2002

8- Snedeker SM. 2001. Pesticides and breast cancer risk: A review of DDT, DDE, and dieldrin. Environmental Health Perspectives 109(Supp 1):35-47

9- Wolff MS, Weston A. 1997. Breast cancer risk and environmental exposures. Environmental Health Perspectives 105 Suppl 4:891-6

10- Cohn BA, Wolff MS, Cirillo PM, Sholtz RI, Christianson R, van den Berg BJ, et al. 2002. Timing of DDT exposure and breast cancer before age 50. 14th International Conference of the International Society for Environmental Epidemiology, Vancouver , BC , August 2002

11- Høyer AP, Grandjean P, Jorgensen T, Brock JW, Hartvig HB. 1998. Organochlorine exposure and risk of breast cancer. The Lancet 352:1816-1820

12- Høyer AP, Jorgensen T, Brock JW, Grandjean P. 2000. Organochlorine exposure and breast cancer survival. J Clin Epidem 53: 323-330

13- Keetles M.A et al. 1997, “Triazine Herbicide Exposure and breast cancer incidence. An ecologic study of Kentucky counties” Env. Health. Perspectives. 105(11) : 1222-1227

14- Donna A, Crosignani P, Robutti F, Betta PG, Bocca R, Mariani N, Ferrario F, Fissi R, Berrino F. 1989. Triazine herbicides and ovarian epithelial neoplasms. Scand J Work Environ Health 15: 47-53

15- Gojermac T, Kartal B, Zuric M, Kusevic S, Cvetnic Z. 1996. Serum biochemical changes associated with cystic ovarian degeneration in pigs after atrazine treatment. Toxical Letters 85(1):9-15

16- D. Godon, P. Lajoie, J.P. Thouez, et al., Pesticides and cancer in a Quebec rural farming population: A geographical interpretation, Soc Sci Med, 1989, 29(7): 819–33

17- A. Ahlbom, I.L. Navier, S. Norell, et al., Nonoccupational risk indicators for astrocytomas in adults, Am J Epid, 1986, 124(2): 334–37

18- A. Aschengrau, D. Ozonoff, P. Coogan, et al., Cancer risk and residential proximity to cranberry cultivation in Massachusetts, Am J Publ Health, 1996, 86(9): 1289–96

19- M. McCabe, M. Nowak, R. Hamilton, et al., Cancer of lymphatic tissues in cane-growing areas of Queensland, Med J Aust, 1984, 141(7): 412–14

20- P. Vineis, F. Faggiano, M. Tedeschi, et al., Incidence rates of lymphomas and soft-tissue sarcomas and environmental measurements of phenoxy herbicides, J Nat Can Inst, 1991, 83(5): 362–63

21- D.M. Schreinemachers, J.P. Creason, and V.F. Garry, Cancer mortality in agricultural regions of Minnesota, Env Health Persp, 1999, 107(3): 205–11

22- D. Waterhouse, W.J. Carman, D. Schottenfeld, et al., Cancer incidence in the rural community of Tecumseh, Michigan: A pattern of increased lymphopoietic neoplasms, Cancer, 1996, 77(4): 763–70

23- Laurent Orsi, Laurene Delabre, Alain Monnereau, Philippe Delval, Christian Berthou, Pierre Fenaux, Gerald Marit, Pierre Soubeyran, Françoise Huguet, Noel Milpied, Michel Leporrier, Denis Hemon, Xavier Troussard and Jacqueline Clavel. Occupational exposure to pesticides and lymphoid neoplasms among men: results of a French case-control study. Occup Environ Med (2008)
24- M.E. Loevinsohn, Insecticide use and increased mortality in rural central Luzon, Philippines, Lancet, 1987, 1: 1359–62

25- J. Agopian et al., Agricultural pesticide exposure and the molecular connection to lymphomagenesis, J. Exp. Med., Vol. 206, No. 7, 1473-1483